Mais de quoi parle-t-on vraiment ?

Selon Brigitte Bouquet, professeure émérite du Conservatoire national des arts et métiers, et Marcel Jaeger, professeur titulaire de la chaire de Travail social et intervention sociale du Conservatoire national des arts et métiers, l’inclusion numérique (ou e-inclusion) est un processus qui vise à rendre le numérique accessible à chaque individu et à lui transmettre les compétences numériques pouvant être un levier de son inclusion sociale et économique (source : Wikipédia).

Ce processus comprend la mise en place d’un ensemble de politiques et de stratégies ayant pour objectif de créer une société de l’information inclusive, capable de profiter à toutes et tous sans exclure des citoyennes et citoyens issus de communautés marginalisées.
Ces politiques sont développées en tenant compte de la réalité sociale et économique des individus. Elles visent à mettre en place des moyens permettant de contourner les exclusions numériques afin de favoriser l’accès de toutes et tous aux outils numériques.

On ne parle pas ici d’illectronisme, qui désigne l’incapacité à utiliser les outils numériques en raison d’un manque de compétences ou de connaissances, mais bien de la manière dont chacun et chacune, quelles que soient ses difficultés — cognitives, physiques ou psychiques — peut avoir accès à l’outil numérique sans aucun frein.

Nous abordons ici la question de l’accès au numérique pour les personnes en situation de handicap.
Selon la loi de 2005, le handicap se définit comme une limitation d’activité ou une restriction de participation à la vie en société due à une altération substantielle, durable ou définitive de fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques.
La définition de l’OMS précise toutefois que « le handicap est un concept beaucoup plus global, prenant en compte l’environnement dans lequel la personne évolue et les obstacles auxquels elle fait face ».

La personne se retrouve donc en situation de handicap du fait d’un environnement qui n’est pas ou plus adapté à ses propres difficultés. Dans le cas du numérique, on peut alors parler d’exclusion numérique.


Les personnes en situation de handicap sont-elles plus touchées par l’exclusion numérique ?

C’est la question à laquelle Emmaüs Connect et la Croix-Rouge française répondent dans un rapport inédit publié en septembre 2024, réalisé avec le soutien de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) et de l’Agefiph.

En France, en 2021, 7,7 millions de personnes déclaraient une restriction d’activité ou une limitation fonctionnelle sévère, dont 2 millions une limitation cognitive ou intellectuelle (DREES, 2023). Les personnes en situation de handicap présentent un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale de 36 %, contre 18 % dans l’ensemble de la population (DREES, 2023).
Elles sont également plus exposées à l’éloignement du numérique, notamment en raison du coût élevé des équipements adaptés. Par ailleurs, en 2022, plus de 60 % des démarches administratives demeuraient hors de portée des personnes en situation de handicap (Défenseur des droits, 2022).

L’acquisition des compétences et des usages numériques est également rendue plus complexe : peu d’opportunités d’apprentissage et de montée en autonomie, difficultés spécifiques d’apprentissage, ressources pédagogiques peu accessibles. Les outils numériques sont majoritairement pensés par et pour des personnes valides, et donc peu adaptés aux besoins des personnes en situation de handicap.
Si des aides techniques existent, elles s’adressent principalement aux handicaps moteurs et sensoriels. En revanche, pour les handicaps cognitifs et intellectuels, la question de l’accessibilité numérique reste encore peu étudiée.


Une accessibilité numérique encore largement insuffisante

La loi « handicap » de 2005 impose des obligations visant à garantir l’accès aux services en ligne, mais ces règles restent souvent inappliquées, tant dans le secteur public que privé.

L’accessibilité numérique vise à permettre aux personnes en situation de handicap d’utiliser des sites web et des services en ligne de manière autonome, grâce à des dispositifs spécifiques tels que les plages braille, la synthèse vocale ou des interfaces adaptées. Pourtant, cette accessibilité reste encore aujourd’hui l’exception plutôt que la règle.

  • En 2023, une étude portant sur 50 sites web (services publics, banques, e-commerce, médias) a montré qu’un seul site était totalement conforme, et que 50 % ne respectaient pas les obligations légales.
  • Sur les 248 démarches administratives en ligne existantes, seules 6 étaient pleinement accessibles. Parmi les services inaccessibles figurent notamment la déclaration d’impôts, le changement de situation pour les prestations familiales ou la demande de bourse pour les élèves.
  • Un audit de 130 sites de bibliothèques a révélé qu’aucun ne respectait les normes en vigueur, alors même qu’il s’agit d’une obligation légale pour les services publics.

Pour remédier à ces lacunes, plusieurs référentiels et bonnes pratiques existent.
Le RGAA (Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité) précise les critères d’accessibilité imposés par la loi de 2005.
Les WCAG (Web Content Accessibility Guidelines) définissent les standards internationaux et reposent sur quatre principes fondamentaux : perceptibilité, utilisabilité, compréhensibilité et robustesse.

Des outils peuvent faciliter l’amélioration de l’accessibilité, comme Aidodys, Readapt ou FACIL’iti. Toutefois, aucun label d’État ne certifie à ce jour l’efficacité de ces solutions, et une mise en conformité complète nécessite des compétences techniques avancées.

Comme le rappelait Tim Berners‑Lee, inventeur du Web, dès 1997 :
« Le pouvoir du Web réside dans son universalité. L’accès de tous, quel que soit le handicap, est un aspect essentiel. »


Quelles solutions pour une inclusion numérique réelle ?

Selon le ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, l’inclusion numérique peut constituer un véritable levier de compensation du handicap et un gain en autonomie. Le numérique est également un vecteur essentiel d’accès aux droits, à l’heure où les démarches sont largement dématérialisées.
Plusieurs mesures sont mises en avant par le Gouvernement, encore faut‑il qu’elles soient réellement appliquées au quotidien.

À l’issue de l’enquête menée par Emmaüs Connect et la Croix‑Rouge française, 11 recommandations ont été formulées afin de renforcer l’inclusion numérique des personnes en situation de handicap, parmi lesquelles : rendre les personnes actrices de leur équipement et de leur montée en compétences, intégrer le numérique dans l’accompagnement global, favoriser l’autodétermination, former et outiller les accompagnants, développer la pair‑aidance et encourager la participation des personnes concernées et de leurs proches.


L’inclusion numérique est avant tout l’inclusion tout court, au sein de l’environnement global de la personne en situation de handicap.
L’inclusion numérique n’en est qu’une partie visible, à l’image de l’iceberg de notre société. Notre regard ne doit pas se porter sur la différence ou sur les difficultés à adapter le quotidien, mais sur la richesse qu’apporte une pensée « out of the box ».

Loir‑et‑Cher Tech est une association qui prône depuis plus de 10 ans l’inclusion numérique pour toutes et tous, à travers de nombreux ateliers et actions menées au quotidien.

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